Élu le 8 mai 2025 sous le nom de Léon XIV, Robert Francis Prévost est le premier pape originaire des États-Unis et le premier religieux augustin à monter sur le trône de Pierre. Fort d’une double expérience – universitaire à Rome et missionnaire au Pérou – il veut servir l’Église dans un style d’écoute fraternelle, de proximité avec les pauvres et d’engagement pour la sauvegarde de la création.
Formation et vocation
Origines familiales
Robert Prévost naît le 14 septembre 1955 dans le South Side de Chicago, un quartier alors marqué par la diversité culturelle et par les initiatives paroissiales de solidarité. Son père, Louis Marius Prévost, vétéran décoré de la Navy, embrasse après la guerre une carrière civile dans l’enseignement public ; il devient surintendant d’un district scolaire et milite pour l’accès gratuit aux bibliothèques municipales. Sa mère, Mildred Martínez Prévost, elle-même institutrice puis bibliothécaire, anime un programme d’accueil des familles immigrées et dirige le chœur paroissial. Dans ce foyer où la prière du soir se prolonge souvent par des discussions sur l’histoire, la musique et la justice sociale, Robert apprend très tôt à conjuguer étude et service. À huit ans il revêt l’aube d’enfant de chœur à la paroisse Saint-Gérard, découvre le chant grégorien grâce à un moine bénédictin de passage et s’initie à l’orgue sur l’harmonium poussiéreux du fond de l’église. Cette rencontre de la liturgie et de la beauté musicale laisse une empreinte durable : pour lui, la louange n’est jamais coupée de la charité.
Adolescent, il fréquente l’école secondaire catholique du quartier, excelle dans les matières scientifiques et s’entraîne chaque semaine à la bibliothèque locale où sa mère l’initie à la philosophie scolastique et à la lecture des Pères de l’Église. Mais l’ailleurs l’appelle : chaque été, il participe à des camps de service dans les Appalaches, construit des rampes d’accès pour des maisons de retraite et sert de traducteur bénévole pour les paroisses hispanophones. Cette attention pratique aux plus vulnérables scelle sa conscience missionnaire.
Études augustiniennes
En 1973, après une bourse d’excellence, Robert intègre l’université Villanova, fondée par les Augustins en Pennsylvanie. Il y obtient en 1977 un Bachelor of Science en mathématiques, passionné par l’élégance de l’algèbre et par la rigueur démonstrative. Pourtant, les cours de philosophie médiévale et la fraternité joyeuse du couvent voisin le marquent davantage ; attiré par le modèle de communauté priante et enseignante de saint Augustin, il entre dès l’automne au noviciat de l’Ordre. Le 2 septembre 1978 il prononce ses premiers vœux, puis ses vœux solennels trois ans plus tard.
Ses supérieurs l’envoient à Rome pour approfondir sa formation théologique. À la Grégorienne il obtient, en 1984, une licence qui porte sur la théologie morale, puis s’inscrit à l’Angelicum pour un doctorat de droit canon. Sa thèse, soutenue en 1987, s’intitule Le service comme fondement de l’autorité dans l’Ordre de Saint-Augustin. Elle montre, textes patristiques à l’appui, que gouverner, pour Augustin, consiste d’abord à laver les pieds des frères. Cette conviction deviendra la boussole de tout son ministère. Entre-temps, le 19 juin 1982, il est ordonné prêtre dans la chapelle Sainte-Monique, célébrant sa première messe en latin et en anglais, symbole de l’universalité qu’il servira plus tard.
Formation et vocation
Missionnaire au Pérou
À sa demande, le jeune père Prévost est affecté à la prélature de Chulucanas, dans la région désertique de Piura, au nord du Pérou. Dès son arrivée en 1985, il mesure le contraste entre les amphithéâtres romains et les chapelles de pisé sans électricité. Il apprend l’espagnol, puis le quechua, afin de prêcher dans la langue des pêcheurs et des paysans. Pendant onze ans, il parcourt à moto les pistes sablonneuses : célébrations bilingues, programmes d’alphabétisation pour adultes, dispensaires de santé et coopératives agricoles naissent sous son impulsion. Lorsque la guérilla du Sentier lumineux ensanglante la région, il négocie la libération d’un groupe de catéchistes et ouvre l’église aux réfugiés, convaincu que la foi s’incarne dans le courage quotidien.
En 1999, rappelé aux États-Unis, il est élu provincial de la province augustinienne de Chicago. Deux ans plus tard, le chapitre général l’élit prieur général ; il conserve cette charge jusqu’en 2013, voyageant sur les cinq continents, soutenant la formation de nouveaux religieux en Afrique et en Asie, et réécrivant les Constitutions de l’Ordre à la lumière de Vita consecrata.
En novembre 2014, le pape François le nomme administrateur apostolique de Chiclayo, puis évêque titulaire. Ordonné évêque le 12 décembre 2014, il modernise le séminaire, crée un fonds d’indemnisation pour les victimes d’abus et lance un jumelage entre paroisses péruviennes et américaines pour financer la reconstruction après le séisme de 2016. En 2018, il est élu vice-président de la Conférence épiscopale péruvienne et contribue à la rédaction du plan pastoral Iglesia en salida, qui fait de la catéchèse familiale et de l’écologie intégrale deux axes prioritaires.
En janvier 2023, François le rappelle à Rome comme préfet du Dicastère pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine ; sa réputation de discernement et sa maîtrise des langues le rendent rapidement incontournable dans la sélection des nouveaux pasteurs. Créé cardinal le 30 septembre 2023, il reçoit le titre de Sainte-Monique et, en février 2025, est promu cardinal-évêque d’Albano.
Élection au Saint-Siège
Au décès du pape François, le 21 avril 2025, 133 cardinaux se réunissent en conclave. Le profil de Robert Prévost – missionnaire, canoniste, réformateur paisible – s’impose comme synthèse des attentes ; il est élu au quatrième scrutin le 8 mai 2025 et prend le nom de Léon XIV, en hommage à Léon XIII et à l’enseignement social inauguré par Rerum Novarum. À son premier Angelus, il remercie en italien, espagnol, anglais et quechua, rappelant l’Amazonie et les périphéries comme lieux théologiques.
Sa devise, In Illo uno unum, rappelle saint Augustin : « Dans le Christ, nous sommes un. » Dans la foulée, il convoque un Synode mondial des jeunes de 18 à 30 ans pour 2026, afin de « rendre audible la voix d’une génération trop souvent qualifiée de post-chrétienne ». Il annonce une encyclique consacrée à la justice écologique et à la conversion des systèmes financiers, tout en confirmant trois voyages interreligieux : Terre sainte, Inde et Maroc.
Fidèle à la simplicité, il continue d’habiter la Domus Sanctae Marthae, se déplace en voiture hybride et partage régulièrement le déjeuner avec le personnel d’entretien. Il étend les douches gratuites pour les sans-abri autour de la colonnade de Saint-Pierre, crée un Fonds d’urgence léonin pour les diocèses frappés par les catastrophes climatiques et réactive la commission mixte économie-théologie pour la transparence financière. Enfin, il institue un portail numérique, « Pontifex Verde », pour connecter les initiatives écologiques des paroisses et offrir un guide liturgique vert adapté à chaque continent.
Dans ses homélies matinales, il revient sans cesse à l’image du lavement des pieds : « Le pape, dit-il, n’est grand que lorsqu’il se penche. » Son pontificat commence sous le signe d’une Église en dialogue, désireuse de mettre l’autorité au service d’un monde blessé et de témoigner, par des gestes simples, que la charité est la meilleure exégèse de l’Évangile.
